03.11.2008
Heureux qui comme Bourrin a fait un beau carnage
PAR L'EXQUIS LE GRAND !

Alfred de Bourrin (732 – 1830) a toujours été considéré comme un poète immense par ses contemporains de diverses époques. Ce premier topic est précisément destiné à la collecte des hommages que ses pairs ont adressés au Maître et à son oeuvre. Il convient de commencer par le célèbre sonnet de Joe Machin Du Bulaid extrait des « Magrets ».
Nul besoin de s'étendre sur la genèse de ce poème connu de tous: le gros Joe Machin est exilé à Rome où il tizze comme un dingue. Seulement, son maître et compagnon de biture, Alfred Bourrin, lui manque. La poésie devient alors le lieu d'une évocation tendre et élégiaque où le souvenir, mêlé au désir le plus cher de retrouver son ami, forme comme un pont de mots entre les lupanars de Rome et les tavernes parisiennes:
Heureux qui tel Bourrin a fait un beau carnage,
Ou tel Bourrin encor qui brouta la toison
D'une adorable enfant prise de pâmoison
Sous les coups répétés de son lourd burinage!
Quand reverrai-je, hélas! de mon maître en tapage
Gueuler la bouche énAUrme, et gerbées à foison
Ses chansons de biture et de défloraison
Qui me sont un prodige, et beaucoup davantage?
Plus me plaît cet ami mal bâti par les dieux,
Que des fluets Romains les fronts harmonieux,
Plus que les vins précieux me plaît l'écrue chopine.
Plus son parler gaulois que le suave italien,
Plus son rauque aboiement que l'accent éolien,
Et plus que les nez fins la grosseur de sa pine.
A noter que le terme « pine » (v.14), comme l'explique Du Bulaid dans sa « Défonce et putréfaction de la langue française », signifiait au XVIe siècle « la capacité du poète à sortir de lui-même pour embrasser le monde », ce qui s'oppose aux « nez fins » (ibid.), aux délicats comme on en trouve à Rome, qui, eux, absorbent le monde plus qu'ils ne l'enveloppent. Mais le double-sens grivois du terme susnommé est patent. Emprunt en forme d'hommage à la gauloiserie bourrinienne ou révélation d'une relation uraniste entre Du Bulaid et son maître?
Ou bien.
(et pitite parenthèse pour saluer au passage le bon Du Bellay qui est un poète extraordinaire. Jo, si tu nous regardes! m'en vuar pas trop d'avoir maltraité ton beau poème, vieux.)
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