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03.11.2008
Les triolets de Bourrin
PAR LE GRAND L'EXQUIS !

Ce topic est consacré aux triolets d'Alfred de Bourrin, regroupés pour la plupart dans la section intitulée "Triolets et gaudrioles" du recueil « Météores qui deschirent ». Le triolet est une forme que Bourrin affectionna tout particulièrement. Il en composa 44.536 (ou 44.537, les érudits disputent toujours si le triolet dit « du con de Flore » du marbruscrit AB-5673 est un authentique Bourrin).
Une chose m'a frappé, en lisant cette section, c'est l'importance considérable que Bourrin semble accorder à la cosmologie et à l'astronomie. Il n'est d'ailleurs pas inutile de rappeler que notre Pohète vénéré fut un proche de Galilée et de Kepler. « Météores qui deschirent », recueil publié en 1622 et qui rassemble la quasi-totalité de la production bourrinique depuis les années 1560, témoigne des profonds bouleversements de la représentation de l'univers à cette époque.
A cet égard la réflexion du Professeur Augustus Savantissimus Scrofulus (je donne plus bas les références de son ouvrage) m'a semblé intéressante: «La problématique de la libido brutalis chère à Bourrin trouve soudain, dans les années 1580, son point d'ancrage définitif: l'hypostase du Désir réside dans l'expansivité de l'Univers. Ou si l'on veut être plus clair: la libido brutalis n'est subsumable sous aucun concept: elle est. Pure matière ontologique, présence coruscante, coruscation béante nonobstant l'altération obvie et continue de ce qui est, le Désir Brutal tend à prendre les dimensions d'un univers de conditions éternelles et a priori. De là la fréquente erreur de considérer la métaphore bourrinique comme une simple analogie. En vérité, la métaphore, chez Bourrin, engage l'Être entier dans sa coruscation bandante. »
J'ouvre donc le balar, avec ce triolaret que j'ai toujours apprécié:
Triolet MCCCLVII
A Jehanne Grosjean
Mes couillons sont deux biaux soleils
Bien plus coruscants que tes yeux.
Ô couchiers de couillons vermeils:
Mes couillons sont deux biaux soleils!
Lors que me glisse en ton sommeil,
Ta lune est esclipsée par eux.
Mes couillons sont deux biaux soleils
Bien plus coruscants que tes yeux.
Sur les liens entre cosmologie et sexualité, donc, voir l'excellent "Réverie cosmique et érotisme comique dans le Bourrin deuxième manière", par Augustus Scrofulus. (Editions du Savantasse, 1976).
A noter également que ce genre de triolets, dans lesquels Bourrin détourne les codes de la rhétorique pétrarquiste, valut à notre bon Alfred l'admiration inconditionnelle du grand Guillaume Shakespeare en personne. (cf. "Bourrin et Shakespeare, le vers et le verre", de Giorgio Martini, où l'on trouve, soit dit en passant, des récits de taverne particulièrement croustillants).
Et voici un triolet que notre bien aimée Mme Boizard nous fit étudier en classe de première:
Triolet MMLIV
Jadis j'emmerdois les curés,
Leur préférant la bagatelle.
Dans les culs je m'aventurays.
Jadis j'emmerdois les curés.
Hélas! Cest âge a expiré
Depuis que mon vit porte attelle.
Jadis j'emmerdois les curés,
Leur préférant la bagatelle.
(Les exégètes nous expliquent que ce poème fait allusion à la panne d'érection que connut Bourrin de 1565 à 1578. L' « attelle » dont il est question au vers 6 est un instrument qu'Ambroise Paré, grand ami du Pohète, mit au point dans le but d'immobiliser le phallus bourrinique. Une fois ragaillardi, Alfred organisa de gigantesques agapes en l'honneur de l'archiatre. On cite souvent ce distique de remerciement que Bourrin grava sur le piédestal du Bacchus de Michel-Ange:
"Grâces te soient rendues, mon Ambroise Paré,
Grâce à toy, de nouveau, j'emmerde mon curé. "
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